L'écart mesuré par les récentes enquêtes de terrain, montrant qu'à peine plus d'un jeune sur quatre appréhende l'existence de cet espace marchand, souligne une faille de gouvernance : le projet d'unification économique peine à dépasser les cercles ministériels et les enceintes diplomatiques pour devenir un outil opérationnel pour les acteurs de terrain.

Cette fracture dans la transmission de l'information traduit une disparité évidente dans la territorialisation des politiques publiques. Les résultats observés dans les pays abritant des structures dédiées ou des campagnes de sensibilisation prouvent que l'appropriation locale dépend directement de la volonté des États d'incarner l'accord. À l'inverse, au sein de marchés démographiquement stratégiques, l'absence de relais institutionnels condamne le marché unique à l'invisibilité. Cette asymétrie d'information contraint les jeunes porteurs de projets à restreindre leurs perspectives aux cadres sous-régionaux traditionnels, privant le continent d'une dynamique transfrontalière portée par l'initiative privée.

Sur le plan macroéconomique, ce déficit d'ancrage fragilise la portée de la réforme et retarde l'émergence de chaînes de valeur régionales intégrées. Si la mise en œuvre technique achoppe déjà sur des entraves logistiques et réglementaires, le manque d'appropriation par la base constitue un obstacle tout aussi pénalisant. Pour libérer le potentiel d'un marché de plus d'un milliard de consommateurs, les instances continentales et les gouvernements nationaux doivent impérativement transformer cet accord juridique en un levier d'action accessible. Sans une stratégie de diffusion ciblée vers le tissu entrepreneurial local, l'ambition de conversion de la masse démographique en puissance économique risque de rester une construction théorique déconnectée des réalités du marché.


La Rédaction