Cette décision annule trois dessertes hebdomadaires, jadis opérées à l'aide de modules de type Embraer. Pour justifier ce désengagement, le management de la compagnie évoque un modèle économique devenu intenable. La faiblesse chronique des coefficients de remplissage, conjuguée au plancher des tarifs pratiqués face à des postes de dépenses rigides au premier rang desquels figurent la fiscalité aéronautique et le coût du carburant, rend l'exploitation de la ligne structurellement déficitaire.


Cette suspension intervient dans un climat de tension prononcé entre les opérateurs aériens et la puissance publique. Quelques semaines plus tôt, le 7 août, l'exécutif avait été interpellé au Sénat au sujet des grilles tarifaires jugées excessives par les usagers sur cet axe, oscillant entre 155 000 et 200 000 FCFA l'aller simple. En réponse, le ministère des Transports avait brandi la menace d'un audit des structures de coûts pour contraindre les transporteurs à la modération, ouvrant la voie à un bras de fer sur la rentabilité des lignes intérieures. Désormais, le transporteur pose ses conditions pour une éventuelle réouverture, réclamant un cofinancement direct de la part des opérateurs économiques locaux et des industriels implantés dans la région, faute de quoi les marges d'exploitation resteront hors d'atteinte.


Le retrait de Brazza Airlines fragilise considérablement l'accessibilité d'une zone nord où le réseau routier et fluvial demeure défaillant, transformant l'aviation civile en service vital. Alors que le pavillon historique national, ECAir, peine à retrouver sa pleine mesure opérationnelle, le fardeau du désenclavement repose désormais sur les épaules de concurrents résiduels tels que Trans Air Congo et Canadian Airways Congo. Si la compagnie maintient le cap sur ses axes plus lucratifs  à l'instar de la liaison quotidienne reliant Brazzaville à Pointe-Noire ou la desserte d'Ollombo, la défection enregistrée sur le Grand-Nord illustre la fragilité des équilibres économiques du transport aérien régional face aux exigences croissantes de régulation des prix et à la cherté des intrants.


Asaba