L'initiative, centrée sur la mise en valeur technique de 30 000 à 40 000 hectares de parcelles agricoles, vise à briser la spirale de la dépendance alimentaire qui fragilise le pays face aux chocs exogènes.

Cette offensive agricole répond à une équation humanitaire de plus en plus complexe. L'accueil sur le sol national de plus d'un million de personnes déplacées par le conflit soudanais sature les systèmes de distribution existants. Les bilans consolidés à la fin de l'année 2024 indiquaient déjà que 14 % de la population, soit environ 2,4 millions de citoyens, subissaient une précarité nutritionnelle aiguë. Face à ce constat, l'État mobilise ses leviers budgétaires pour doubler les rendements globaux à l'horizon 2030, transformant ainsi l'urgence sécuritaire en une opportunité de développement structurel.

La stratégie repose sur une montée en puissance chiffrée des cultures vivrières stratégiques. Le Tchad ambitionne notamment de propulser sa récolte de riz à 1,62 million de tonnes, un bond spectaculaire par rapport aux 220 000 tonnes enregistrées en 2023. Les céréales de base ne sont pas en reste : le sorgho devrait franchir le seuil du million de tonnes, tandis que le mil et le maïs sont projetés respectivement à 1,02 million et 800 000 tonnes. Même la filière de la gomme arabique est intégrée à cette dynamique avec une cible de 100 000 tonnes. En investissant massivement dans ces infrastructures rurales, N'Djamena entend bâtir un socle économique capable de résister aux fluctuations des marchés mondiaux et aux crises climatiques.


Ndjomo Carlos