Madame Fabiola ECOT MBIDA, pourriez-vous nous présenter le CIPCA et nous expliquer comment un centre d'art en vient à se consacrer au Songo ?


Le CIPCA est le Centre International pour le Patrimoine Cultural et Artistique, situé au quartier Omnisport à Yaoundé. Nous y menons des expositions et des résidences de création. Actuellement, notre démarche est profondément ancrée dans la préservation du patrimoine vivant, ce qui nous a conduits à nous consacrer au Songo. Nous avons initié, avec des partenaires sous-régionaux, la Commission sous-régionale de Songo. En mai dernier, nous avons organisé au CIPCA des assises historiques. L'objectif était d'harmoniser les règles d'un jeu pratiqué au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Gabon et au Congo-Brazzaville. Nous avons eu l'honneur d'accueillir des délégations de haut vol, notamment M. Emilio Boukoui, président équatoguinien de la commission, et M. Désiré Mefama, président de la fédération gabonaise et premier vice-président de la commission, tandis j'en assure la deuxième vice-présidence. Ces travaux ont bénéficié du haut patronage du Ministère des Arts et de la Culture, ainsi que du soutien de l'UNESCO et de partenaires privés comme Ecopark et Orange.



Le Songo est un jeu populaire, mais il manquait un cadre formel. Pourquoi avoir concentré vos efforts spécifiquement sur cette discipline ?


Il existe certes de nombreux jeux traditionnels, et nous travaillons main dans la main avec le pôle dédié au Ministère des Arts et de la Culture. Mais le Songo réunit des acteurs déterminés qui ont su se fédérer par-delà les frontières nationales. Il possède un véritable potentiel diplomatique, géostratégique, mais aussi social et culturel. Il tisse des liens uniques entre les sociétés de part et d'autre des frontières, ce que peu de sports parviennent à faire.



Pour ceux qui découvrent la discipline, comment se présente le Songo et comment se déroule l'apprentissage au sein de votre structure ?


Le Songo est un jeu à la fois simple en apparence et d'une grande profondeur stratégique. Matériellement, il se compose d'un plateau de 14 cases réparties en deux camps de 7, contenant initialement 5 graines par case. Le principe consiste à capturer les pions de l'adversaire grâce à la ruse et à la subtilité. La première personne qui parvient à réunir le nombre de graines requis remporte la partie. Il existe plusieurs variantes nationales (les versions Bulu, Eton ou Erundo), mais les règles de base restent très proches. Pour s'initier, le public peut venir au CIPCA. Je suis d'ailleurs accompagnée de M. Zanga Rigobert, grand praticien et membre de la NAGESC, qui anime des initiations sur notre stand pour permettre à chacun de s'essayer et de jauger son niveau.



Monsieur ZANGA Rigobert, quelles sont les règles majeures qui ont été harmonisées lors de vos ateliers sous-régionaux pour permettre des compétitions équitables ?


Les assises du CIPCA ont permis de fixer des standards précis. Désormais, une confrontation se joue en six manches, et la victoire revient à celui qui cumule le plus de manches gagnées. Sur le plan de la prise, chaque joueur dispose de 35 graines de son côté, soit un total de 70 sur le plateau. La règle codifiée, que nous appelons la version Nkpem, impose d'atteindre 36 graines pour remporter la partie. L'art du jeu réside dans la capacité à sécuriser ses pions tout en anticipant les mouvements de l'adversaire. La pratique reste le meilleur moyen d'assimiler ces subtilités.



Madame Fabiola ECOT MBIDA Le Songo s'exporte désormais sur la scène internationale, notamment à l'occasion des prochains Jeux de plage. Comment s'organise la participation du Cameroun à cet événement ?


En tant que deuxième vice-présidente de la Commission sous-régionale de Songo, notre rôle est d'agir comme une interface institutionnelle entre les autorités camerounaises et le comité d'organisation des Jeux de plage de Riaba, en Guinée équatoriale, prévus en mars prochain. Nous ne sélectionnons pas directement les athlètes, mais nous fournissons aux instances nationales toute la documentation technique et les modalités de participation requises.


Propos recueillis par BCN