Madame Fomene Eveline, vous cumulez plusieurs casquettes, pourriez-vous nous présenter votre parcours et les structures que vous dirigez ?


Je suis avant tout une femme d'affaires engagée dans le commerce international, spécialisée dans les axes d'échanges entre le Cameroun et l'Inde. Parallèlement, je cultive une profonde passion pour l'art en tant qu'artiste camerounaise et coordinatrice du club d'art musical de l'arrondissement de Batcham. Côté entrepreneuriat, je pilote plusieurs entités, notamment Global Service, une plateforme conçue pour encadrer des opérations telles que l'import-export, les procédures d'homologation, la logistique internationale, ainsi que l'accompagnement sanitaire des patients camerounais se déplaçant pour des soins en Inde. Je préside également l'ICBEC, une organisation dédiée à la coopération économique.



Quelle est la genèse de l'ICBEC et quels en sont les objectifs ?


La création de cette structure découle directement d'une visite des PME camerounaises organisée à l'invitation du Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Économie Sociale et de l'Artisanat, lors d'une foire. Ce contact m'a révélé un besoin pressant : permettre à nos structures productives d'accéder plus facilement aux technologies indiennes de pointe. Par la suite, lors de mes séjours en Inde, j'ai échangé avec des investisseurs qui ont souligné des opportunités insoupçonnées, notamment les vertus nutritionnelles de la farine de manioc, comparée favorablement à celle du blé en matière de santé.

L'ICBEC a donc pour vocation d'établir un pont direct entre les promoteurs de PME camerounaises et des investisseurs ou partenaires indiens de premier plan. Notre mission est d'accélérer la croissance et le développement technologique de nos entreprises. Pour y parvenir de manière pérenne, nous appelons l'État à accompagner notre démarche afin de démultiplier cet impact sur le terrain.



Vous évoquez la promotion du "Made in Cameroon" et la dynamique d'import-substitution. Vous avez récemment pris part à une foire d'envergure en Inde. Quel bilan tirez-vous de cette participation et quels débouchés concrets avez-vous pu sécuriser ?


Cette foire a constitué une formidable rampe de lancement pour l'enracinement et la vulgarisation du savoir-faire camerounais à l'international. L'édition mettait particulièrement l'accent sur le secteur de la construction et des matériaux. Le Cameroun s'y est présenté avec des essences de bois d'une qualité remarquable, qui ont vivement séduit le public et les professionnels indiens, aux côtés de nos produits phares que sont le cacao et le café, dont la consommation ne cesse de croître dans cette région du monde. Au-delà de cette vitrine, nous préparons déjà activement la prochaine édition, prévue du 3 au 6 juin prochain à New Delhi. Notre ambition est d'y ériger un pavillon camerounais d'envergure, capable d'exposer toute l'étendue de notre potentiel industriel et artisanal.



Cet engagement international produit-il déjà des effets perceptibles sur le terrain pour les entrepreneurs locaux ?


Absolument. Le pavillon camerounais a réuni une délégation de 17 ressortissants, incluant des entrepreneurs, des étudiants et des porteurs de projets de la diaspora. Cette synergie valide notre approche initiale : créer des contacts directs, sans intermédiaires superflus, entre les exportateurs camerounais et des fournisseurs ou partenaires indiens solides. Les retours confirment que cette mise en réseau génère une émulation et des opportunités d'affaires concrètes.



Vous portez également un projet d'envergure visant à organiser une foire au Cameroun, réunissant des investisseurs indiens et locaux. Où en est cette initiative et quels sont vos attentes pour sa concrétisation ?


C'est un projet majeur pour lequel les bases sont solidement jetées. Malgré les écueils administratifs habituels, les discussions avec les organisateurs indiens ont abouti, et les dates sont d'ores et déjà fixées. Cette plateforme ambitionne de rassembler des ingénieurs, des étudiants, des PME et des investisseurs des deux nations. En outre, nous voulons y insuffler une forte dimension culturelle à travers la participation d'artistes indiens. Pour transformer l'essai et faire de cet événement un succès retentissant pour notre économie, nous sollicitons un accompagnement accru des pouvoirs publics et des institutions nationales.


Propos recueillis par EWC