Cette prolifération cache pourtant des performances opérationnelles très modestes : les enquêtes menées par ONU Commerce et Développement démontrent que plus de 40 % des 39 plateformes industrielles clés auditées exploitent moins du quart de leurs capacités réelles, tandis que seulement 15 % d'entre elles affichent un plein régime d'activité. Face à ce constat d’enclavement, le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine ambitionne d'unifier ces parcs isolés pour en faire des piliers d'approvisionnement transfrontaliers interconnectés.

La viabilité de ce basculement structurel repose sur le démantèlement d'un modèle d'attractivité obsolète, historiquement adossé au dumping social et à des avantages fiscaux excessifs. Les nouvelles dynamiques des échanges internationaux, complexifiées par le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières, disqualifient les enclaves industrielles fondées sur une main-d'œuvre à bas coût et des exigences environnementales laxistes. L'incorporation des petites et moyennes entreprises locales dans le giron de ces parcs s'impose comme une condition essentielle pour densifier le tissu manufacturier régional. Les lignes directrices communautaires poussent au basculement vers l'économie circulaire et la haute technicité, des critères indispensables pour attirer des capitaux à forte valeur ajoutée capables d'irriguer l'économie réelle des pays d'accueil.

Pour dupliquer la réussite des pays de l'ASEAN, qui pilotent un réseau interconnecté de 1 600 zones de production grâce à une répartition fine des spécialisations sectorielles, l'Afrique doit impérativement harmoniser ses cadres réglementaires. Les rivalités actuelles entre les politiques douanières des différentes communautés économiques régionales paralysent la fluidité des investissements transfrontaliers. Une lueur d’espoir est apparue lors de l'adoption par le Conseil des ministres de la ZLECAf de règles d'origine spécifiques, accordant un traitement tarifaire préférentiel aux marchandises manufacturées en zone franche, à la condition expresse qu'elles intègrent des composants d'origine locale. Cette réforme vise à briser la fragmentation des marchés nationaux pour inciter les industriels à s'approvisionner auprès des sous-traitants du continent.


Ndjomo Carlos