Le dispositif technique retenu repose sur l'interopérabilité entre les établissements bancaires, les opérateurs mobiles et les réseaux de microfinance. Contrairement aux solutions classiques, la plateforme Cashi permet d'exécuter des transferts de fonds via des terminaux de paiement et des protocoles SMS. Cette spécificité est déterminante pour le marché tchadien, caractérisé par un taux de pénétration des smartphones encore limité. En transformant le terminal mobile en un outil de transaction universel, l'alliance SFI-Cashi offre aux PME locales un levier de structuration comptable jusqu'ici inexistant.

Avec un taux d'inclusion financière stagnant entre 10 % et 15 %, le Tchad affiche une performance en deçà de la moyenne de l'Afrique subsaharienne, établie à 30 %. Ce déficit de bancarisation freine non seulement l'épargne domestique mais expose également les opérateurs économiques aux risques inhérents à la manipulation physique des espèces. Le déploiement de Cashi vise à intégrer les segments de population exclus du système bancaire traditionnel en simplifiant l'accès aux services financiers de base, tout en compressant les coûts de transaction pour les commerçants de proximité.

Pour l'État tchadien, l'enjeu de cette numérisation dépasse la simple inclusion sociale. Le gouvernement a déjà amorcé l'intégration de ces solutions digitales pour la perception des taxes et le règlement des émoluments publics. Cette stratégie de "e-gouvernement" répond à un impératif de transparence budgétaire et de sécurisation des recettes de l'État. En migrant les flux financiers vers des circuits traçables, N'Djamena entend réduire les déperditions liées à la gestion du cash et s'affirmer, à terme, comme un carrefour logistique et financier crédible au cœur de la zone CEMAC.


Asaba