L'enjeu de cette décision est avant tout stratégique. L'utilisation croissante de jetons numériques indexés sur le billet vert oblige les acteurs économiques à mobiliser des devises étrangères pour alimenter leurs transactions. Ce mécanisme pourrait fragiliser les réserves de change régionales, qui s'élevaient à 11,3 milliards de dollars à la fin de l'année 2024, soit environ 4,2 mois d’importations. En proposant une alternative publique, la BEAC souhaite éviter que des émetteurs privés n'érodent sa capacité à piloter la liquidité et les taux d'intérêt dans les six États membres.


Pour accompagner cette mutation, l'institution de Yaoundé collabore avec le Fonds monétaire international à l'élaboration d'un cadre normatif harmonisé. Ce chantier mobilise également la Commission bancaire (COBAC) et le régulateur des marchés (COSUMAF). L'objectif est de définir des règles communes pour encadrer les actifs technologiques tout en intégrant les innovations nécessaires aux échanges modernes, notamment pour les opérateurs économiques traitant avec des partenaires internationaux.


Alors que d'autres pays du continent optent pour un encadrement des prestataires privés, la CEMAC choisit une approche plus régalienne. En accélérant la mise en place de ce franc CFA numérique, la Banque centrale entend offrir un instrument de paiement sécurisé, capable de répondre aux besoins de rapidité du digital sans sacrifier la stabilité macroéconomique. La réussite de ce projet déterminera la capacité de la sous-région à maintenir son autonomie financière face à la numérisation croissante de l'économie mondiale.


Ndjomo Carlos