Alors que le gouvernement tablait sur une fourchette oscillant entre 3200 et 5400 FCFA pour la campagne 2025-2026, la réalité du terrain affiche une valeur inférieure de moitié aux prévisions minimales. Ce décrochage intervient après deux cycles exceptionnels où les cours avaient atteint des sommets historiques, culminant à 6000 FCFA lors de la saison 2023-2024. Sept mois après le lancement de la campagne actuelle, l'objectif de stabilisation à haut niveau semble s'éloigner, au grand barrage des coopératives agricoles.

Cette atonie des cours s'explique par une mutation profonde de l'offre globale. Après trois années de pénurie, la production mondiale devrait enregistrer un excédent significatif pour l'exercice 2025-2026. Ce retour à l'abondance est principalement porté par la montée en puissance de l'Équateur. Le pays d'Amérique latine menace désormais de déloger le Ghana de son rang de deuxième producteur mondial, inondant le marché de fèves de qualité. Cette pression sur l'offre internationale exerce mécaniquement sur les prix d'achat bord champ, limitant les marges de manœuvre des exportateurs locaux.

Pour le Cameroun, l'enjeu des prochains mois sera de maintenir cette dynamique de hausse, aussi modeste soit-elle, dans un contexte d'augmentation potentielle. Les analystes s'accordent à dire que l'excédent mondial continuera de peser sur les terminaux de Londres et New York, et par extension sur les zones de production africaines. À moins d'un ajustement structurel de la demande ou d'un aléa climatique majeur, les planteurs devront composer avec une rémunération certes supérieure à celle du mois dernier, mais bien loin de l'euphorie des saisons passées.


Ndjomo Carlos