Pipeline Tchad-Cameroun : le prix de l'hospitalité
La solidarité géographique entre les nations africaines ne doit plus jamais être synonyme de naïveté ou de renoncement financier. En encaissant plus de 15 milliards de francs CFA au titre des droits de transit à la fin du mois de mai, le Cameroun rappelle une vérité fondamentale : l'accès à l'océan accordé aux pays amis et frontaliers de l'hinterland est un devoir de fraternité; mais la sécurisation de ce corridor logistique est un service de haute valeur qui exige sa juste rétribution. Cet oléoduc de plus de 1 000 kilomètres qui traverse le sol camerounais n'est pas une simple infrastructure technique ; c'est le symbole d'une souveraineté partagée où chaque partie doit trouver son compte, loin de la philanthropie de façade ou des exigences des multinationales.
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Ce dynamisme budgétaire, matérialisé par une progression constante de la redevance, est la preuve par les faits que l'ère des contrats léonins imposés au début des années 2000 est définitivement révolue. Revoir drastiquement à la hausse le prix du baril transporté par rapport aux très minimes retombées initiales, démontre que les États africains ont enfin acquis la maturité politique nécessaire pour faire respecter la valeur de leur territoire. L'indépendance économique ne se décline pas dans des déclarations de principe, elle se négocie pied à pied, dollar par dollar, sur le terrain des réalités contractuelles. Le sol camerounais a un prix, notre stabilité a un coût, et le commerce international doit s'y plier.
L’ouverture prochaine des négociations bilatérales pour fixer le futur cadre de tarification douanière représente un test majeur pour l'axe Yaoundé-N'Djamena. Les futures commissions mixtes devraient impérativement éviter le piège du court-termisme ou de la surenchère fiscale qui gripperait cette mécanique bien huilée. L'objectif ultime n'est pas d'asphyxier le producteur tchadien, mais de sanctuariser ce corridor énergétique unique en Afrique Centrale pour en faire un modèle de co-développement. En opposant une discipline de fer aux fluctuations des marchés mondiaux, les deux pays prouvent qu'ils ont la capacité de gérer leurs ressources sans interférence extérieure.
Le moment est venu de dépasser la simple logique du péage douanier pour ériger cette infrastructure en pivot d'une véritable intégration industrielle régionale. Le pipeline doit devenir le point de départ d'une densification de nos échanges manufacturiers, routiers et ferroviaires. C'est en réinvestissant ces redevances de transit dans la modernisation de l'appareil productif local que le Cameroun transformera cette rente en un levier de puissance durable. Par cette fermeté contractuelle et cette ambition partagée, l'Afrique Centrale trace la voie d'une prospérité autonome, digne et résolument maîtresse de son destin.
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Bonne lecture!
EWC, DP
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