Ce sursaut de valorisation interrompt un cycle baissier structurel amorcé en 2023, période durant laquelle l'Agence internationale de l'énergie (AIE) recensait un effondrement des valeurs marchandes d'environ 80 % sous l'effet d'un excédent global de volumes. La fermeture administrative en août 2025 de la mine chinoise de Jianxiawo, opérée par le géant CATL, a retiré du marché mondial environ 3 % de la capacité d'extraction de carbonate, propulsant le prix spot du minerai de 8,9 dollars le kilogramme en août 2025 à 22,65 dollars le kilogramme au début du mois de juin 2026.

L'embellie conjoncturelle se répercute immédiatement sur la balance commerciale des principales puissances minières de la planète. Les autorités de Santiago du Chili, troisième producteur mondial de lithium d'après l'U.S. Geological Survey (USGS), déclarent des recettes d'exportation semestrielles s'élevant à 3,21 milliards de dollars américains, soit un volume financier multiplié par près de trois en glissement annuel. La dynamique s'explique par la hausse de consommation des constructeurs automobiles chinois, engagés dans une guerre des prix agressive pour consolider leurs parts de marché de véhicules électriques, conjuguée à une expansion massive des infrastructures de stockage stationnaire d'énergie. La pérennité des marges bénéficiaires demeure toutefois hypothéquée par la délivrance, le 29 juin 2026, d'un agrément de sécurité étatique autorisant CATL à relancer l'exploitation de son site de Jianxiawo jusqu'au 27 février 2028, une perspective couplée à la réactivation imminente de puits de forage suspendus en Australie.

Les fluctuations erratiques des grilles tarifaires de la bourse des métaux conditionnent la viabilité économique des gisements en phase de développement sur le continent africain. Le Zimbabwe et le Mali augmentent leurs cadences d'expédition à destination des usines de raffinage asiatiques, tandis que la République démocratique du Congo, via le projet de Manono, et le Ghana, avec le site d'Ewoyaa, finalisent l'aménagement de leurs infrastructures industrielles de traitement. L'absence de visibilité à long terme sur la stabilité des cours du lithium complique la modélisation des plans d'investissement des multinationales minières et fragilise la prévisibilité des rentrées de fiscalité directe pour les États hôtes. La stabilisation durable du marché dépendra de l'équilibre réel entre le volume des nouvelles capacités minières africaines et le rythme effectif de reprise des opérations des compagnies extractives traditionnelles.


Nlend Flore