Le constat des experts réunis en Côte d'Ivoire est sans appel : bien que l'Afrique affiche des taux de croissance parmi les plus vigoureux au monde, elle reste pénalisée par des taux d'intérêt disproportionnés. Pour Sidi Ould Tah, ce problème est avant tout d’ordre organisationnel. La fragmentation des institutions et le manque de synchronisation entre les capitaux publics et privés génèrent une perception du risque erroné. En réponse, la nouvelle stratégie prévoit le déploiement de mécanismes de garantie innovants et des dispositifs de renforcement des fonds propres, visant à rassurer les investisseurs et à abaisser mécaniquement le coût des emprunts pour les projets nationaux.

L’urgence de cette mutation est dictée par des chiffres colossaux. En effet, le continent doit combler un manque à gagner annuel de 400 milliards de dollars pour financer ses infrastructures, sa transition climatique et son industrialisation. Les seuls besoins pour les réseaux de transport et d'énergie se situent entre 130 et 170 milliards de dollars par an. La méthode proposée privilégie désormais une approche globale plutôt que le recours exclusif aux aides concessionnelles traditionnelles, jugées insuffisantes pour absorber l'ampleur des investissements requis par les chaînes de valeur régionales.

Cette rencontre marque la naissance du « Consensus d'Abidjan », un engagement multilatéral destiné à coordonner les instruments de financement aux échelles continentale, régionale et nationale. Depuis son arrivée à la tête de la BAD en septembre dernier, Sidi Ould Tah a déjà réussi une mobilisation record de 11 milliards de dollars pour le Fonds africain de développement. Avec cette nouvelle feuille de route, il entend transformer l'institution en un point de convergence stratégique entre les fonds de pension, les bourses locales et les capitaux internationaux, afin de sécuriser durablement le financement de l'émergence africaine.


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