L'une des alertes les plus vives du Fonds concerne l'interventionnisme grandissant de la puissance publique dans le capital et la gouvernance des établissements de crédit. Le FMI exhorte Yaoundé à une plus grande retenue et réclame une restructuration immédiate de la gestion des banques sous contrôle étatique. Cette pression s'exerce alors que le financement de l'économie réelle marque le pas : la progression des crédits au secteur privé est attendue à 11,2 % en 2025, un recul notable par rapport aux 12,3 % de l'exercice précédent. Sans un secteur bancaire assaini et indépendant, la mobilisation de l'épargne vers les grands projets miniers et d'infrastructures risque de rester lettre morte.

Le maintien du Cameroun sur la « liste grise » du Groupe d'action financière (GAFI) constitue l'autre zone d'ombre majeure du diagnostic. Avec plus de la moitié des mesures de redressement encore en suspens, le pays subit un renchérissement mécanique de ses coûts de financement à l'international. Les banques locales voient leurs relations de correspondance se fragiliser, compliquant les transactions transfrontalières et renchérissant le coût des opérations. Cette perception d'un risque accumulé s'est traduite concrètement en janvier 2026 lors de l'émission de l'eurobond de 750 millions de dollars, où les conditions de sortie de marché ont reflété la méfiance des investisseurs face aux lacunes du cadre de lutte contre le blanchiment.

La trajectoire économique du pays, projetée à 4,6 % à moyen terme, est désormais suspendue à la capacité des autorités à rassurer les partenaires multilatéraux. L'échéance du prochain rapport au GAFI, attendue dans le courant de l'année 2026, apparaît comme le pivot de la stratégie de sortie de crise. Une normalisation permettrait non seulement de fluidifier les circuits bancaires mondiaux, mais aussi d'alléger le service de la dette publique, projeté à 8,8 % du PIB. À ce stade, une question demeure : Yaoundé saura-t-il engager les réformes de gouvernance nécessaires pour redonner au système financier son rôle de catalyseur de l'émergence ?


Ndjomo Carlos