L'illusion des recettes immédiates


L'exemple du Ghana sert aujourd'hui de cas d'école. Après avoir introduit un prélèvement de 1,5 % en 2022 pour renflouer ses caisses, Accra s'est fait face à une chute brutale des volumes transactionnels, les usagers préférant le numéraire pour contourner l'impôt. Ce désaveu a conduit le gouvernement ghanéen à réduire le taux, puis à supprimer purement et simplement la taxe en 2025. Cette trajectoire n'est pas isolée : en Ouganda, près de la moitié des utilisateurs ont arrêté d'utiliser le service dans les quinze jours suivant l'application de mesures similaires. Le constat est d'une clarté désarmante : une pression fiscale dépassant 0,2 % de la valeur échangée suffit à déstabiliser l'écosystème numérique.


Une menace sur la croissance à long terme


L'impact de la fiscalité numérique sur le progrès de l'Afrique est fondamental. En renchérissant le coût des transferts, les États freinent un moteur qui génère entre 0,4 % et 1 % de PIB supplémentaire par an pour chaque augmentation de 10 points de l'adoption du service. Les femmes, dont l'accès aux comptes mobiles accusent déjà un retard marqué, sont les premières victimes de ce surcoût. Au Cameroun, l'introduction du prélèvement en 2022 a entraîné une baisse de 40 % de la valeur moyenne des transactions par utilisateur. En voulant capter une rente immédiate, les administrations fiscales risquent de tarir la source de la transparence économique et de réduire la base imposable de demain.


Inverser la logique : du cash vers le numérique


Face à cette impasse, des voix influentes s'élèvent pour proposer un changement de paradigme. À Kigali, en mars 2026, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a suggéré d'alourdir le coût de manipulation du numéraire pour rendre les paiements électroniques régulièrement plus attractifs. Plutôt que de taxer chaque mouvement de fonds, des pays comme le Kenya privilégient la numérisation de la collecte fiscale elle-même. Cette approche permet de transformer l'infrastructure mobile en un outil de civisme fiscal sans en étouffer l'usage.

La vitalité du secteur des paiements mobiles est le plus grand succès technologique du continent des deux dernières décennies. Pour les gouvernements africains, le défi consiste désormais à préserver cet acquis tout en optimisant leurs ressources. Les renoncements observés au Tchad, au Ghana ou au Gabon ne sont pas des aveux de faiblesse, mais des corrections stratégiques nécessaires. La souveraineté budgétaire ne pourra être garantie que par une fiscalité intelligente qui favorise la circulation des capitaux plutôt que leur immobilisation dans les circuits de l'argent liquide. Chaque taxe supprimée est un pas de plus vers une économie formelle, traçable et inclusive.


Ndjomo Carlos