Finances publiques : Le Tchad passe à la dématérialisation totale des paiements de l’État
Une mutation structurelle s’opère dans la gestion des deniers publics au Tchad. Depuis le 1er avril 2026, l’usage des espèces et des chèques pour le règlement des dépenses de l’État est formellement proscrit. Cette mesure, inscrite dans la loi de finances, vise à renforcer la traçabilité des flux financiers et à sécuriser les ressources du Trésor public. Pour accompagner ce virage technologique, le ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a instauré une période transitoire de deux mois permettant aux ordonnateurs et comptables publics d'ajuster leurs mécanismes internes.
Le calendrier fixé par les autorités est rigoureux car, au 31 mai 2026, le basculement vers les plateformes électroniques devra être effectif sous peine de sanctions. Ce délai de grâce est conçu pour éviter une paralysie des circuits de paiement tout en forçant une adaptation rapide des procédures administratives. L'objectif central demeure la réduction drastique de la manipulation fiduciaire, souvent source de déperditions, au profit d'un écosystème bancaire et de monnaie électronique plus transparente et auditable.
Conscientes des réalités infrastructurelles du pays, les autorités ont toutefois prévu cinq cas d'exception permettant de déroger temporairement au principe de dématérialisation. Ces dispenses concernent principalement les zones privées de couverture bancaire ou numérique, ainsi que les situations de force majeure telles que les pannes de réseau généralisées ou les cyberattaques. De même, les dépenses liées à la sécurité nationale et à l'accompagnement des usagers vulnérables bénéficient de clauses spécifiques, soumises à une autorisation ministérielle préalable.
Cette réforme marque une volonté de N'Djamena d'aligner sa gestion budgétaire sur les normes internationales de gouvernance numérique. En limitant les interventions manuelles dans les circuits de paiement, le gouvernement espère non seulement optimiser les délais de règlement, mais aussi restaurer la confiance des partenaires au développement. Le succès de cette transition repose désormais sur la robustesse des infrastructures de télécommunication et sur la capacité des établissements de crédit locaux à absorber ce nouveau flux de transactions étatiques.
BCN
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