Cette offensive technologique intervient alors que les autorités font face à des anomalies comptables flagrantes qui interrogent la fiabilité du système actuel. Les chiffres de l'exercice 2025 ont en effet révélé un paradoxe troublant : alors que le volume de bois exploité a doublé par rapport à l'année précédente (passant de 1,5 million à plus de 3 millions de m³), les recettes fiscales ont chuté, dégringolant de 42 milliards à seulement 31 milliards FCFA. Ces écarts inexplicables soulignent les failles du contrôle manuel et l'urgence d'une remise à plat des outils de suivi pour préserver la souveraineté budgétaire de l'État.

Le nouveau protocole repose sur une centralisation algorithmique des flux de données. Concrètement, chaque arbre sera identifié par géolocalisation GPS dès la phase d'aménagement forestier, bien avant la coupe. Le système enregistre en temps réel le cubage précis lors de l'extraction, le transport vers les unités de transformation locale, puis le volume final destiné aux marchés internationaux. L'innovation majeure réside dans l'interopérabilité des services : les données du ministère des Eaux et Forêts seront désormais synchronisées avec celles des Douanes, éliminant ainsi les zones d'ombre administratives où prospèrent traditionnellement les fraudes et les minorités de stocks.

Cette centrale numérique vise à consolider la réputation du bois gabonais sur un marché mondial de plus en plus exigeant en matière de durabilité. En garantissant une transparence totale sur l'origine et le parcours des produits, Libreville entend rassurer les investisseurs et les acheteurs internationaux, notamment européens, soumis à des réglementations environnementales de plus en plus strictes. À terme, cet outil de pilotage doit permettre au Gabon de mieux valoriser sa ressource précieuse, tout en garantissant une exploitation rationnelle et pérenne de son massif forestier.


Ndjomo Carlos