L'enjeu budgétaire est au cœur de cette décision souveraine. Le maintien de prix stables pendant plus d'une décennie, face à l'augmentation continue des coûts de production et d'exploitation, a généré un déséquilibre financier majeur. Pour compenser l'écart entre le coût réel du service et le tarif facturé, l’État a dû mobiliser des subventions massives, chiffrées à 79 milliards de FCFA pour l'exercice 2025. L'ajustement projeté permettrait de générer, d'ici 2028, des revenus additionnels mensuels estimés à 8,7 milliards de FCFA, offrant ainsi une bouffée d'oxygène à la trésorerie de l'opérateur qui accuse un déficit de 13 milliards de FCFA chaque mois.


Toutefois, le gouvernement a opté pour une approche sélective afin de préserver le pouvoir d'achat des populations. Les ménages ainsi que les petites structures de proximité — tels que les ateliers de quartier, les salons de coiffure ou les centres de santé modestes — ne sont pas visés par cette mesure. Seuls les comptes professionnels à forte intensité énergétique sont concernés par ce rattrapage, dont l'ampleur reste inférieure au cumul de l'inflation enregistrée depuis la dernière révision des prix il y a treize ans.


Cette réforme s'accompagne d'engagements fermes sur la qualité de la fourniture, point de crispation majeur pour le secteur productif. L'objectif est de ramener la durée annuelle moyenne des coupures de 51,5 heures à 45,8 heures d'ici 2027. Pour la Socadel, ce levier tarifaire s'insère dans une stratégie globale incluant la lutte contre la fraude et l'optimisation du recouvrement des créances. En agissant sur ces différents piliers, le régulateur espère stabiliser durablement les fondamentaux économiques de la filière électrique camerounaise.


Nlend Flore