Développement : Le capital humain, parent pauvre de la croissance en Afrique subsaharienne
Le potentiel économique de l'Afrique subsaharienne se heurte à une barrière invisible mais dévastatrice : l'insuffisance de l'investissement dans ses ressources humaines. Selon le rapport 2026 sur l’Indice de capital humain plus (ICH+) de la Banque mondiale, les enfants nés aujourd’hui sur le continent pourraient voir leurs revenus croître de 68 % à l'âge adulte si les standards de santé et d'éducation s'alignaient sur ceux des nations les plus performantes. Ce manque à gagner, qui oscille entre 58 % et 76 % selon les régions, souligne l'incapacité actuelle à transformer une démographie galopante en richesse réelle.
Un indicateur étendu sur tout le cycle de vie
L'ICH+ introduit une rupture méthodologique significative. Contrairement aux anciens outils qui limitaient leur analyse à la majorité, ce nouveau dispositif convient à la productivité jusqu'à 65 ans. Il évalue trois dimensions critiques au savoir la santé (survie et nutrition), l'éducation (qualité des apprentissages et accès au supérieur) et l'emploi (expérience et inclusion). Avec un score moyen de 127 points, contre une moyenne mondiale de 186, l'Afrique subsaharienne affiche un retard préoccupant. Les disparités sont profondes : alors que les Seychelles atteignent 227 points, le Tchad plafonne à 89, révélant une forte hétérogénéité dans la capacité des États à préparer leur jeunesse aux défis de demain.
Le péril démographique face à l'atonie des systèmes
L'urgence est d'autant plus vive que la région s'apprête à accueillir 620 millions de nouveaux entrants sur le marché du travail d'ici 25 ans. Sans une refonte radicale des infrastructures de base, cette expansion risque de nourrir l’instabilité sociale. Le secteur sanitaire, par exemple, ne dispose que de 0,21 médecin pour 1 000 habitants, alors que le continent supporte 25 % de la charge mondiale de morbidité. Côté enseignement, le déficit est estimé à 15 millions d'enseignants d'ici 2030 pour garantir un encadrement de qualité. Actuellement, la majorité des jeunes actifs s'oriente vers un secteur informel à faible productivité, freinant toute perspective de mobilité sociale réelle.
Un moteur pour l'émergence et la stabilité du continent
L'impact de ce déficit sur le développement de l'Afrique est sans appel car il maintient le continent dans une spirale de sous-productivité malgré une croissance économique souvent stable. En négligeant la formation et la santé publique, les États compromettent leur capacité à intégrer la nouvelle économie mondiale, axée sur le savoir et les technologies de pointe.
Pour l'Afrique, relever ce défi signifie passer d'une économie de rente à une économie de compétences. Investir massivement dans le capital humain est le seul levier permettant de capter le dividende démographique. Une significative de l'ICH+ permet non seulement de gonfler les revenus nationaux, mais aussi de bâtir une résilience durable face aux crises mondiales. La prospérité future dépend de la faculté des décideurs à garantir, dès aujourd'hui, que chaque citoyen devienne un adulte instruit, sain et capable de créer de la valeur. Une gestion humaine déficiente demeure le principal obstacle à l’émergence industrielle et à la souveraineté économique du continent.
Ndjomo Carlos
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