L'inflation importée sur les intrants médicaux atteint des seuils critiques. Le prix du polyester, composant de base des moustiquaires imprégnés, à grimpé de 40 %, tandis que le fret maritime s'établit désormais à 4 000 dollars par conteneur. Plus préoccupant encore pour les interventions d'urgence : le coût du fret aérien, indispensable à l'acheminement rapide des vaccins et des kits de lutte contre le choléra, à boni de 70 %. Cette dérive des coûts, couplée à une dépendance de plus de 80 % vis-à-vis des importations en provenance d'Inde et de Chine, fragilise les systèmes de santé nationaux déjà sous pression budgétaire.


Cette « taxe géopolitique » sur la santé contraint les États à repenser leur modèle de souveraineté. L'acheminement de l'aide internationale, notamment les stocks stratégiques transitant par le hub de Dubaï, se heurte à des goulots d'étranglement qui retardent la réponse aux épidémies saisonnières. Face à cette vulnérabilité, Africa CDC préconise une rupture avec le modèle actuel via trois leviers : le renforcement de la production locale de médicaments, l'optimisation des financements domestiques et une accélération de la transformation numérique pour mieux piloter les stocks.


Certaines économies commencent à tracer des sillons de résilience. La Côte d'Ivoire, avec son laboratoire de pointe à Grand-Bassam, et Madagascar, par la structuration de son cadre légal sur les greffes, cherchent à réduire le recours aux services et produits extérieurs. Toutefois, pour la majorité du continent, le passage de l'aspiration à l'autonomie industrielle reste le chantier prioritaire de 2026. Sans une réduction drastique de la dépendance logistique, le droit à la santé restera tributaire des soubresauts d'un commerce mondial de plus en plus fragmenté.


Ndjomo Carlos