La mise en œuvre de cette ambition nationale repose sur une mobilisation financière d’envergure. Si l'État à d'ores et déjà sécurisé un appui de 965 milliards de FCFA auprès de partenaires institutionnels comme la Banque mondiale, le besoin de financement complémentaire s'établit à 1 461 milliards de FCFA. Cet écart substantiel a fait l'objet d'un plaidoyer direct auprès des bailleurs de fonds internationaux (BAD, Unicef, ONG) lors de la table ronde de Yaoundé. L'objectif est de viabiliser le segment de l'eau en modernisant des réseaux souvent obsolètes et en optimisant la gestion des 610 milliards de mètres cubes de ressources renouvelables dont disposent le pays.

La technique de diagnostic posée par le MINEE souligne une anomalie. En effet, malgré un patrimoine hydrique exceptionnel, notamment 62 milliards de mètres cubes d'eaux souterraines, la desserte demeure inégale. L'expansion démographique galopante et les aléas climatiques exacerbent les disparités territoriales. En zone urbaine, le gisement de croissance est frappant, avec seulement 541 395 abonnés actifs pour un marché potentiel augmentant à plus de 2 millions de clients. Le Compact prévoit donc une reconfiguration des schémas de distribution pour convertir ce potentiel en revenus durables et en services de qualité.

Cette feuille de route est un impératif de santé publique. En alignant sa stratégie sur les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), le Cameroun entend porter le taux d'accès à l'eau potable de 77 % aujourd'hui à au moins 90 % d'ici quatre ans. Le document insiste particulièrement sur la réduction de la pénibilité pour les ménages ruraux, dont une partie consacre encore plus de 30 minutes quotidiennes pour atteindre un point d'eau. En faisant de l'eau un pivot de la souveraineté nationale, le gouvernement réaffirme sa volonté de bâtir une croissance inclusive, où l'accès aux services de base devient le premier moteur de l'émergence.


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