Commerce : Les importations de friperie ont atteint 42,5 milliards FCFA en 2025
Pour l'économie nationale, ce chiffre représente une évasion de devises presque équivalente à l'enveloppe de 48,2 milliards de FCFA jugée nécessaire pour restructurer la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam).
Le contraste est saisissant. Pendant que le marché de l'habillement utilisé progresse de 2,6 milliards de FCFA en un an, le fleuron national de la transformation du coton voit ses parts de marché s'effondrer. Autrefois hégémonique avec 80 % de l'offre locale, la Cicam peine aujourd'hui à conserver 5 % des parts. Ce déclin est le résultat d'une double pression : une concurrence agressive de la friperie, d'une part, et l'invasion des textiles manufacturés à bas coût, souvent issue de circuits de contrebande, d'autre part.
L'appareil productif national, marqué par une dette de 22 milliards de FCFA et des infrastructures vétustes, se trouve dans une impasse budgétaire. La stratégie nationale de développement (SND30) ambitionne pourtant une rupture radicale. Le gouvernement prévoit d'investir 70,2 milliards de FCFA pour sextupler les capacités de traitement de la Cicam d'ici 2030. L'objectif est de transformer localement 50 % de la production de la Sodecoton, en ciblant notamment les marchés captifs comme l'habillement des forces de défense et de sécurité.
La reconquête de la souveraineté exigée exigera toutefois plus qu'une simple mise à niveau technique. La viabilité de l'investissement projeté dépendra de la capacité des autorités à réguler un marché intérieur où la friperie et le prêt-à-porter importés dictent les prix. En l'absence de mesures protectionnistes ciblées ou d'incitations fiscales pour la confection locale, le paradoxe persistera : le Cameroun continue de financer, par ses importations de vêtements usagés, le dynamisme économique de ses partenaires extérieurs au détriment de sa propre industrialisation.
BCN
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