Deux facteurs concomitants expliquent ce tarissement des revenus. D'une part, la rémunération du compte d'opérations, indexée sur les facilités de la Banque centrale européenne (BCE), a subi le contrecoup de l'assouplissement monétaire en Europe, avec des taux moyens chutant de plus de 4,7 % à environ 2,4 % en fin d'année. D'autre part, la base de calcul s'est réduite : la vente globale du compte s'est contractée de plus de 1 100 milliards FCFA en douze mois, pour s'établir à 3 669 milliards FCFA, reflétant une mobilisation accumulée des devis par les États membres.

L'analyse des contributions révèle des trajectoires nationales divergentes qui interrogent la cohésion des flux extérieurs. Le Cameroun confirme son rôle de pilier monétaire en assurant près de 50 % des avoirs centralisés, avec une contribution de 1 816 milliards FCFA. À l'opposé, le Gabon présente une position débitrice de –166,3 milliards FCFA, signe d'une dégradation de sa balance des paiements. Malgré ces déséquilibres, la BEAC maintient un niveau de dépôt au Trésor français oscillant entre 60 % et 73 %, un niveau qui demeure largement au-dessus du plancher réglementaire de 50 %.

L'impact de la gestion des réserves sur le progrès de l'Afrique est fondamental. Si la banque centrale affiche un gain de change de 286,7 milliards FCFA grâce à l'appréciation de l'euro face aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI, cette somme demeure une réserve latente. Il ne s'agit pas d'un revenu d'exploitation redistribuable, mais d'une écriture comptable visant à préserver la valeur des actifs.

La pérennité du modèle monétaire régional repose sur une surveillance accumulée des flux de devises et une gestion prudente des liquidités internationales. Pour la zone CEMAC, cette baisse des revenus d'intérêts souligne la nécessité de renforcer la production locale et les exportations afin de stabiliser les avoirs extérieurs. Chaque ajustement de la politique monétaire à Francfort rappelle à l'Afrique Centrale l'urgence de consolider sa propre résilience financière face aux chocs exogènes.


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