Avoirs illicites
La SRC passe à l'offensive mondiale avec Interpol
L’étau se resserre autour des circuits financiers occultes qui amputent le budget de l'État. Sous l'impulsion de la Société de Recouvrement des Créances (SRC), le Cameroun vient d'amorcer un tournant dans la traque des richesses accumulées par des voies frauduleuses. Le 30 mars 2026, Martin Mbarga Nguélé, Délégué général à la Sûreté nationale, a présidé l'ouverture d'un conclave visant à arrimer les organes de contrôle nationaux (tels que l’ANIF, la CONAC et le TCS) au réseau opérationnel de l’OIPC-Interpol. L’enjeu financier est colossal : colmater une brèche de plus de 1 000 milliards de FCFA de pertes annuelles dues à la criminalité économique.
Pour Marie-Rose Messi, Directrice générale de la SRC, la lutte contre l'évasion des capitaux ne peut plus se heurter aux frontières physiques. L'ingénierie criminelle moderne, qui s'appuie sur la nébulosité des cryptoactifs et la multiplication des sociétés écrans, impose une réponse technologique coordonnée. L'intégration de la « Notice Silver », nouvel instrument d'Interpol dédié spécifiquement à la localisation et au gel des actifs corrompus, offre à la SRC un levier de saisie planétaire. Cette mutation fait de la Société de Recouvrement le dépositaire central des biens confisqués, garantissant que les fortunes illicites soient réinjectées dans les circuits de l'économie réelle.
Le recours au bras séculier de la police internationale n'est pas une simple formalité diplomatique. Avec 196 pays membres, Interpol dispose d'une force de frappe transfrontalière dont l'efficacité a été prouvée par des opérations d'envergure telles que Catalyst, permettant de restituer des centaines de millions de dollars à travers le globe. Cette synergie est vitale pour le Cameroun qui, selon les analyses prospectives de la Banque africaine de développement, a vu s'évaporer des dizaines de milliers de milliards de FCFA depuis 1970. L'alliance avec Interpol transforme désormais chaque place financière mondiale en un terrain de surveillance pour les enquêteurs camerounais.
Au-delà de la dimension purement judiciaire, cette offensive participe à une stratégie globale de souveraineté budgétaire. En s'attaquant au blanchiment et au financement du terrorisme, l'État cherche à restaurer une justice fiscale où le recouvrement des avoirs détournés devient une source de financement alternative pour le développement. Le séminaire de Yaoundé marque ainsi la fin d'une ère d'isolement administratif. En unifiant les forces de police, de justice et de finance sous une bannière technologique internationale, le Cameroun entend prouver que la distance n'est plus une protection pour les auteurs de crimes financiers.
Ndjomo Carlos
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