Ce basculement vers une méthode bilatérale tire les leçons d'un cycle de six années de discussions régionales aux résultats jugés insuffisants. Jusqu'ici, la Banque centrale pilotait les échanges au nom de la sous-région, notamment sur l'épineux dossier du rapatriement des revenus en devises. Toutefois, l'expérience récente du Gabon, qui a obtenu des avancées concrètes en engageant des discussions directes avec les opérateurs, a fini de convaincre les autorités monétaires de l'efficacité d'un traitement au cas par cas, plus respectueux des souverainetés nationales.

L'impossibilité d'aboutir à un accord uniforme à l'échelle de la zone s'explique en grande partie par l'hétérogénéité des cadres juridiques nationaux. Les contrats pétroliers et miniers varient considérablement d'un pays à l'autre, tant sur les mécanismes de partage de production que sur les obligations de provisionnement pour la restauration des sites. En décentralisant les négociations, la Beac permet d'aligner les discussions sur les réalités contractuelles propres à chaque juridiction, tout en conservant un rôle d'appui technique pour garantir la conformité avec la réglementation des changements de 2018.

L'exercice de cette nouvelle compétence par les États devra néanmoins se faire face à des points de blocage persistants. Les entreprises extractives manifestent une réticence constante vis-à-vis du transfert systématique des fonds de réhabilitation environnementale vers les comptes de la Banque centrale. De plus, des réserves émises par certains partenaires internationaux concernant l'immunité d'exécution de la Beac freinent encore la finalisation des conventions. Le défi pour les gouvernements consiste à instaurer des mécanismes de cogestion transparents, capables de rassurer les investisseurs tout en sécurisant la domiciliation des revenus stratégiques au sein de l'espace monétaire commun.


Ndjomo Carlos